Le Peuple Naso et l’OCEN


Le peuple Naso fait partie des 6 groupes indigènes présents au Panama. Cependant, les Nasos, parfois appelés Teribes[1] sont de loin le groupe le plus petit, le moins connu et le plus en danger. Réparti en 12 communautés le long du Teribe et du Bonyik[2], le peuple compte une population d’environ 4000 personnes, qui vivent dans la forêt protectrice de Palo Seco[3], en frontière du Parc International la Amistad[4].

La tradition première des Nasos est de vivre en accord avec la Nature et en la respectant. Ils vivent d’une économie de subsistance, consomment leur production et en vendent une petite partie. Leur mode de vie reste encore assez traditionnel, mais les traditions se perdent et laissent place à la modernité. Cet évolution est malheureusement souvent en désaccord avec la protection de l’environnement. Pour pouvoir acheter des produits de grande consommation tel que les vêtements, le sel, la lessive, etc, beaucoup (surtout les hommes) se ruent vers tous les boulots qu’ils trouvent parfois au détriment même de la communauté. Pendant mon voyage plus de la moitié des hommes de la communauté étaient employés par une grande entreprise pour la construction d’un barrage qui par ailleurs était en train de polluer l’eau de la rivière. En quelques mois, il n’y avait déjà presque plus de poissons et les plantes environnantes du chantier (sur plusieurs kilomètres) étaient recouvertes d’une épaisse poussière. Cela ne laisse vraiment rien présager de bon quand on sait que la communauté entière est dépendante de la rivière.

Cependant, grâce notamment à l’initiative OCEN (Organisation communautaire Naso pour l’écotourisme), les traditions commencent à renaître. On mange de nouveau dans des assiettes traditionnelles ; la volonté de réapprendre les chants et les danses traditionnelles a mené à la rédaction d’un livre : Narraciones Teribes, Instituto de Estudios de las Tradiciones Sagradas de Abia Yala (2001) et à l’embauche de maîtres d’écoles d’autres communautés les connaissant, afin de les enseigner de nouveau à l’école. Des prises de consciences sur différents sujets sociaux et environnementaux émergent[5]. D’une certaine manière, l’organisation OCEN contribue par le biais du tourisme à répandre ces idées initiant un processus de patrimonialisation[6] qui vise à la réappropriation par la population locale d’une culture en voie. Ce type de mécanisme peut entrainer une certaine folklorisation des traditions (Ayangma, 2010), mais cela ne semble pas être le pour l’instant dans la communauté Naso.

Raùl Quintero qui a créé l’OCEN et en gère la plus grosse partie, a travaillait pour le projet ODECEN, un projet écotouristique créé par l’ANAM. ODECEN a proposé un sentier de randonnée sur le territoire Wekso, situé en face de Bonyic sur l’autre berge du Teribe et des hébergements dans l’ancienne Pana-Jungla, une école de survie militaire mise hors d’usage en 1990, suite à la chute de Noriega. Grâce à ce projet, Raùl a eu l’opportunité d’être formé au tourisme par une volontaire italienne qui est restée pendant 1 an sur le projet. Cette formation associée à une culture proche de la nature, lui a permis de développer un sens aigu des enjeux de l’écotourisme. C’est ainsi, qu’ayant réalisé que les bénéfices du projet ODECEN allaient entièrement à l’ANAM et n’étaient absolument pas redistribués dans la communauté, il a souhaité monter son propre projet, créé par la communauté, dans la communauté, pour la communauté, et apportant également le mode de vie de la communauté comme attrait touristique, alors que le projet ODESEN ne proposait aux touristes que l’aspect nature.

Au commencement du projet, les autres communautés étaient contre et demandaient constamment quels étaient ces « gringos » sur leur territoire. Mais très vite, ils se sont rendus comptes que les « blancs » en question faisaient tout autant voire plus attention à la nature qu’eux et qu’ils avaient un intérêt économique, notamment pour la vente d’artisanat qui sinon oblige à sortir de la communauté. Ils sont maintenant très friands de savoir quand il y a de nouveaux visiteurs. Par ailleurs, l’OCEN reverse une partie des revenus du projet à la communauté dans son ensemble.

[1] Nom du fleuve le long duquel ils vivent et qui signifie la mère l’eau

[2] Instituto de Estudios de las Tradiciones Sagradas de Abia Yala, 2001

[3] Espace Naturel Protégé

[4] reconnu patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1990

[5] Lors d’une discussion Raùl exprimait son opinion quant au besoin pour la communauté de se limiter à 3-4 enfants contre 10-16 il y a encore peut de temps, en raison du manque d’espace et pour pouvoir les nourrir et les éduquer sans entraver leurs ressources naturelles.

[6] Ensemble des démarches visant à mettre en valeur et à protéger les biens matériels, les espaces et les valeurs culturelles, préalablement distingués comme patrimoine, qui intervient quand le groupe ne reproduit plus naturellement ses traditions, que la reproduction culturelle traditionnelle ne fonctionne plus, la mémoire collective doit être relayée par une démarche volontaire.

Image Crédits: www.voyagir.org.


A propos de Marine

Globetrotteuse engagée, je suis la fondatrice de Voy'Agir que j'ai souhaité créer suite à un merveilleux voyage en Amérique Centrale et en tirant parti de mon expertise en Développement Durable et en Gestion de Projet.

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